Fonction maternelle, fonction paternelle : les repères essentiels pour accompagner un enfant

Un enseignant, une puéricultrice, un éducateur spécialisé, un professionnel de la relation d’aide ou de santé : tous ces professionnels sont, à un moment ou un autre, en position d’incarner quelque chose auprès d’un enfant qui dépasse largement leur « fiche de poste ».

On parle souvent de fonction maternelle et de fonction paternelle comme si elles concernaient exclusivement les parents biologiques. En réalité, ces fonctions sont des repères psychiques universels, que tout adulte au contact d’un enfant peut être amené à incarner, ne serait-ce que partiellement et temporairement.

Pour les professionnels de la parentalité, de l’enfance ou de la famille, comprendre ces repères change profondément la qualité de l’accompagnement proposé.

Fonction maternelle et fonction paternelle : définition et différence

Un malentendu fréquent consiste à associer la fonction maternelle uniquement à la mère, et la fonction paternelle uniquement au père.

Ces deux fonctions désignent en réalité des rôles psychiques distincts, que n’importe quel adulte peut porter, indépendamment de son genre ou de son lien biologique avec l’enfant. Une éducatrice peut incarner une fonction paternelle dans un moment donné ; un père peut porter une fonction maternelle dans un autre contexte.

Ce qui compte n’est donc pas l’identité de la personne, mais la fonction qu’elle remplit, à un instant précis, dans la relation à l’enfant.

Le rôle de la fonction maternelle et de la fonction paternelle chez l’enfant

La fonction maternelle est le plus souvent associée à l’accueil, à la contenance, à la sécurité affective : c’est l’espace où l’enfant se sent reçu, porté, suffisamment en sécurité pour exister sans avoir à se justifier.

La fonction paternelle, elle, introduit davantage la loi, le cadre, l’altérité : elle ouvre l’enfant vers l’extérieur, vers un tiers, vers le monde au-delà de la relation fusionnelle initiale. Elle le nomme aussi, le reconnait, ce qui construit la légitimité et une identité de soi.

Ces deux mouvements sont complémentaires, et non hiérarchisés : l’un ne vaut pas mieux que l’autre. Un enfant a besoin des deux pour se construire, que ces deux fonctions soient incarnées par ses parents, ou par d’autres adultes qui vivent autour de lui.

Fonction paternelle et fonction maternelle selon Carl Gustav Jung

Ces deux fonctions trouvent un écho dans ce que Carl Gustav Jung appelle les archétypes de la mère et du père : des figures universelles de l’inconscient collectif, qui dépassent largement les parents réels.

L’archétype de la mère se retrouve dans les figures d’accueil, de protection et de croissance présentes dans les mythes et les contes du monde entier. Celui du père se retrouve dans les figures qui incarnent la loi, l’autorité juste et l’ouverture vers l’extérieur. Ces images archétypales, et la façon dont elles peuvent être mobilisées en accompagnement, sont développées plus en détail dans l’article sur le pouvoir des symboles et des archétypes.

La fonction paternelle et maternelle du professionnel auprès de l’enfant

Pour un professionnel, une question mérite d’être posée régulièrement : dans quel rôle suis-je mandaté auprès de cet enfant ou de cette famille ?

Ce mandat n’est pas toujours celui d’un parent de substitution. Il peut s’agir de soutenir, d’observer, de transmettre un repère ponctuel, sans jamais chercher à combler une fonction qui appartient aux parents.

Clarifier cette place évite deux écueils fréquents : un surinvestissement qui empiète sur le rôle parental, ou à l’inverse une distance excessive qui prive l’enfant d’un repère dont il aurait besoin dans ce contexte précis. Entre les deux, il existe une juste intention de travail, ajustée à chaque situation.

Les besoins fondamentaux de l’enfant liés à ces deux fonctions

La construction psychique de l’enfant répond à des besoins qui dépassent les seuls besoins matériels ou physiologiques.

Être reconnu dans son individualité, distincte de sa personnalité sociale. Faire l’expérience d’être au centre de l’attention d’un adulte, ne serait-ce que quelques instants. Construire une estime de soi et une légitimité intérieure, plutôt qu’une image dépendante du regard extérieur.

Il est également utile de distinguer un besoin, universel et légitime, d’un désir, plus mouvant et parfois contradictoire. Un enfant peut désirer une chose et avoir besoin d’une autre : accompagner cette nuance fait partie du travail de tout adulte référent.

Carence de fonction paternelle ou maternelle : le deuil du dû

Il y a quelque chose d’un peu mystérieux dans la vie humaine : un enfant naît dans une famille avec un besoin réel de recevoir ces fonctions mère et père sur le plan psycho-émotionnel, pour bien grandir et se construire — un peu comme une plante a besoin d’eau et de soleil qu’elle ne peut générer elle-même.

Mais cet enfant naît auprès de parents qui, même bientraitants, ne sont ni omniscients ni omnipotents, ou sont parfois eux-mêmes en difficulté, et ne peuvent donc pas donner tout ce dont il a besoin. L’enfant naît donc avec des besoins que ses parents ne peuvent pas combler totalement. Et dans les cas de maltraitances ou de traumatismes du développement, ces besoins ont été négligés ou attaqués.

Cela amène, à l’âge adulte, la notion du « deuil du dû ». Traverser le deuil du dû est un processus libératoire : passer de « mes parents auraient dû me donner » à « j’aurais dû recevoir, qu’est-ce que cela m’a fait vivre de manquer de ça » puis à « je renonce à ce que mes parents me donnent ce qu’ils n’ont pas pu —et parfois ne peuvent toujours pas— donner, mais je prends en charge la nécessité de recevoir ». Pour reprendre la métaphore de la plante : renoncer à recevoir l’eau du jardinier, ne fait pas renoncer à la nécessité de recevoir l’eau d’une autre source (pluie, rosée du matin …).

Devenu adulte, il est possible d’apprendre à reconnaître qui, ou quoi, a pu représenter et faire office de fonction maternelle ou paternelle en dehors du parent lui-même : un autre adulte, un animal, un végétal, un lieu, parfois même un objet. Se reconnecter à ces ressources est souvent très soutenant.

Ce travail de reconnexion aux ressources est d’ailleurs l’un des axes que l’on retrouve dans le processus de psychogénéalogie & art-thérapie, où l’on peut apprendre à dresser l’arbre généalogique des ressources, ou l’arbre généalogique des fonctions père et mère : une façon de retracer, dans sa propre histoire, les figures qui ont pu représenter ces fonctions essentielles.

FAQ

Une famille monoparentale ou homoparentale peut-elle offrir les deux fonctions à un enfant ?

Oui. Ces fonctions étant psychiques et non biologiques, un parent seul ou un couple de même sexe peut tout à fait offrir à l’enfant une fonction d’accueil et une fonction d’ouverture vers l’extérieur, tout en s’appuyant sur le soutien d’autres adultes de l’entourage.

Que se passe-t-il si l’une de ces deux fonctions a manqué durant l’enfance ?

Ce manque ne condamne pas l’enfant, mais il peut rester des besoins non comblés qui continuent d’agir à l’âge adulte. En prendre conscience permet souvent d’aller chercher, consciemment, des ressources capables de venir compenser ce manque.

Une seule personne peut-elle incarner à la fois la fonction maternelle et la fonction paternelle ?

Oui, une même personne peut alterner entre les deux postures selon les moments, même si cela demande souvent davantage de souplesse intérieure. Maintenant, une seule personne ne peut couvrir toute la palette de ces 2 fonctions, mais être suffisamment équilibrée pour soutenir une bonne construction de l’enfant.

Ce sujet est-il abordé dans d’autres formations de Véronique Bouquet ?

Oui, cette dimension est présente dans le processus de psychogénéalogie & art-thérapie, notamment à travers le travail sur l’arbre généalogique des fonctions père et mère, ainsi que dans le travail sur l’enfant intérieur.